Témoignage – Un Point-Cœur au Honduras

En 2013, la conférence des Évêques de France a fait une déclaration très dure à l’encontre de l’œuvre Points-Cœur et depuis, quelques personnes continuent à jeter l’opprobre sur cette ONG catholique parlant de « dérive sectaire ». Je dois vous avouer mon incompréhension face à ces déclarations, voire mon indignation !

Je connais cette œuvre depuis de nombreuses années au travers des quelques volontaires que j’ai parrainés parrainés parrainés et de leurs lettres toujours émouvantes que j’ai reçues . Mais plus récemment ma fille Maria-Flore s’est elle-même portée volontaire pour une mission d’1 an à TEGUCIGALPA au Honduras, où elle se trouve en ce moment. Nous avons eu la joie avec mon épouse de pouvoir la rejoindre. Nous avons pu constater, sur place, les fruits que portent cette œuvre. Toutes les situations décrites ici sont vraies, mais par discrétion pour les personnes, les prénoms ont été modifiés :

Le Point-Cœur Santa Maria de Goretti se situe dans un quartier que la plupart des gens d’ici évitent pour la misère qui y règne, mais aussi la violence…

Cette petite communauté y est un havre de paix, qui, reliée à la paroisse de San José Ovrero del Pedregal vit en lien étroit avec son curé, ses vicaires et ses paroissiens. Elle est installée là depuis maintenant 18 ans comme une petite famille locale aimante et priante au milieu des autres familles du quartier.

Ce sont d’abord des enfants qui y sont accueillis pour des temps de jeu, le plus souvent où on apprend à se respecter, à respecter l’autre et à réciter le chapelet. On y partager parfois un repas, quand c’est nécessaire, on y écoute leurs angoisses, parfois.

Nous y avons ainsi rencontré Orlando, 12 ans, dont la mère est en prison, il vit chez sa grand-mère malade. Il risque d’être envoyé dans les montagnes dans une famille apparentée. Les volontaires visitent la prison de la maman chaque semaine et font le lien entre la maman et son enfant, ensemble ils élaborent des solutions…

 

Ce sont ensuite les familles du quartier, nous avons rencontré chez elle Monica (environ 35 ans), elle vit avec sa mère et ses trois jeunes enfants dans une pièce unique, sans fenêtre, un seul lit pour tous, une vague assiette de pastique contient de la nourriture pour la journée, chacun vient s’y servir à son gré, à la main…

C’est une grande joie pour les enfants, et une respiration pour cette femme de voir les volontaires venir la visiter sans rien attendre en retour.

Nous avons été reçus à dîner par Maria et Isaac, eux aussi n’ont qu’une pièce pour vivre avec leurs deux enfants, ils ont été heureux de nous offrir un repas tout simple chez eux. Ils sont depuis longtemps des amis du Points-Cœur et, avec courage, ils bâtissent leur couple et leur famille. Lui a trouvé un emploi, elle s’occupe des enfants, leur situation s’améliore. Ils nous ont dit, avec la pudeur qui caractérise ce peuple, combien leur amitié avec les volontaires les ont aidé à se construire.

Nous avons rencontré Marlène dont le mari est en prison et qui vient se ressourcer auprès des jeunes volontaires alors qu’elle se débat dans des problèmes administratifs et financiers énormes.

Il y a aussi Andréa, 27 ans, qui vit avec ses trois enfants chez sa mère : cette dernière sombre dans l’alcool et la folie. Les volontaires écoutent, consolent, et avec les services spécialisés du pays, cherchent des solutions…

Victor (30 ans environ) ancien narcotrafiquant, qui se dit toujours toxicomane, m’a beaucoup touché pour son franc parlé et la clarté de ses propos. Il connait le Points-Cœur depuis le début et confie volontiers que sans cette amitié, il serait resté au sein de la Maras (sorte de mafia locale réputée pour sa violence).

Estéphanie (25 ans environ) convertie du protestantisme, vit avec Points-Cœur depuis longtemps, elle vient aisément y passer une journée ou deux. Accompagnée par les volontaires, elle a fait sa première communion et sa confirmation à la paroisse. Elle se pose maintenant la question de partir comme volontaire avec Points-Cœur.

Enfin nous avons rencontré Ana dont le fils et le petit fils sont entrain de tenter une émigration vers les États-Unis, terrorisés du danger qu’ils encourent, elle apprécie la consolation des volontaires.

Il y a aussi cet asile de personnes âgées et dépendantes que les volontaires visitent chaque semaine. Oubliées de tous, ces personnes reçoivent ainsi un petit souffle d’amour bienfaisant, elles attendent ces rendez-vous avec impatience.

Notre fille, ainsi que les autres volontaires sont ainsi confrontés à des situations dramatiques et plus terribles les unes que les autres. Pour les surmonter, ils puissent leur force dans la prière quotidienne. Ils chantent ensemble les laudes et les vêpres, prient l’angélus, ont une heure d’adoration quotidienne et personnelle devant le Saint-Sacrement présent dans leur toute petit chapelle. Ils vont également chaque jour à la messe de la paroisse et un des prêtres célèbre la messe au Point-Cœur une fois par semaine. Notre fille témoigne que sans cette vie spirituelle qui lui permet de tout déposer aux pieds du Seigneur, il ne serait pas possible de tenir.

Cette vie de prière et cette approche spirituelle est aussi proposée aux gens du quartier et élargie aux quartiers voisins. Ainsi chaque mois, une nuit d’adoration réunit une vingtaine de personnes. Chaque semaine, une école de communauté (emprunt au mouvement Communion et Libération) est proposée. Chaque mois, un week-end réunit un petit groupe en communion fraternelle, dans la montagne, à l’écart du bruit et des occupations quotidiennes.

Cette vie est bien évidemment une richesse pour les jeunes volontaires qui expérimentent la force de la prière mais qui aussi, apprennent à vivre en communauté avec d’autres jeunes de milieux et de cultures si différents.

Enfin, j’ai pu noter que le Point-Cœur de Santa Maria de Goretti, grâce à sa longue présence sur place et sur sa bonne connaissance accumulée, permet de créer des liens entre les gens du quartier et les oeuvres de bienfaisance de la paroisse, entre les enfants malades et les services médicaux et sociaux de la ville, entre les personnes âgées et les sœurs de la Charité qui tiennent dans la ville, une maison de retraite.

Nous ne sommes restés qu’une semaine sur place, et voilà ce que nous avons pu voir, je laisse les lecteurs imaginer l’ampleur du travail réalisé depuis 18 ans… Cependant, depuis la déclaration de la Conférence des Évêques de France à l’encontre de l’œuvre de Points-Cœur, et la cabale montée contre cette ONG, les volontaires se font rares et si cela continue, le Point-Cœur Santa maria de Goretti à Tegucigalpa, communément appelé ici « la maison des Français » du fait du nombre important de volontaires français qui y sont passés, devra, comme bien d’autres à travers le monde, fermer ses portes.

Dans tout ce que nous avons vu, rien mais rien du tout ne fait penser à une secte. Au contraire, le lien étroit avec la paroisse, la compassion envers les plus pauvres, la prière, l’amour du prochain, sont autant de preuves, s’il en fallait encore.

J’ai moi-même avec mon épouse ai été reçu très chaleureusement par le curé de la paroisse locale qui, au cours de la messe dominicale nous a présentés aux fidèles, qui nous ont applaudi longuement et nous avons reçus de nombreux témoignages de sympathie à la sortie de la messe. Aussi j’éprouve un sentiment de honte comme en son temps a du l’éprouver Héloïse Denoix de Saint Marc quand il a reçu l’ordre d’abandonner les populations vietnamiennes avec qui il avait créé un climat de confiance et d’amitié.

Cela est une trahison à l’encontre de tous les volontaires qui servent ou qui ont servi au sein de l’œuvre, n’hésitant pas à aller « aux périphéries » et de leurs nombreux parrains, cela est surtout une trahison à l’égard de toutes les personnes de ce quartier.

J’irais jusqu’à dire une Trahison de l’Église à l’égard des plus pauvres rencontrés au sein des Points-Cœur.

 

De toute évidence, les gens de Tegucigalpa ne sont pas au courant de la situation, les responsables des l’Oeuvre ne souhaitant pas mettre de l’huile sur le feu et espèrent peut-être encore que tout va rentrer paisiblement dans l’ordre… Preuve encore de leur obéissance à l’église !

 

Plus que de rechercher à tout prix à faire tomber des têtes, il me parait fondamental de chercher et mettre en oeuvre des solutions qui leur permettent de faire vivre ces petites communautés qui scintillent comme des petites bougies, preuve de la présence du Christ auprès des plus démunis de la planète.